Extrait du T.U. du 15 Mars 1939

     Comme quoi l’appel de M. Parfondry n’est pas resté tu-15-mars-1939

     Sans écho ! . . .

         Premières armes !

            Le 30 juin qui pour le commun des mortels, n’a d’autres mérites, que d’être l’ultime jour du mois, revêt pour « ceux de quatrième  » une signification toute particulière.

            Combien d’émois, de sueurs froides, d’angoisses, de tremblements de mains et de serrements de gorge ! Toute la gamme émotionnelle assaille le candidat instituteur, en ce jour que l’on qualifie de solennel. 30 juin : fin de mois, fin d’année scolaire, fin d’études ; solennité en son genre, après tout.

            Enfin l’on sort, serrant comme un fétiche, un petit livret rouge qui attire les regards de ceux que vous croisez, à moins que ce ne soit votre façon maladroite et gauche de porter le faux-col et le nœud de circonstance.

            L’on se promet d’arrêter là ses aspirations, d’attendre calmement un emploi plus qu’hypothétique, et pourtant, l’on aspire en secret au premier intérim.

            Baptême du feu !!!

            Vous arrivez d’un pas que vous vous efforcez de rendre décidé. Le matin est froid, hostile, la lourde grille de l’école ne vous laisse passer qu’en grognant. « Quel est cet intrus ?» marmonne-t-elle entre ses gonds rouillés.

            Passablement en avance, car le zèle vous a rendu matinal, vous arpentez la cour, d’un pas réglé sur celui de votre seul et docte collègue, le chef d’école de ce petit village.

            Les minutes s’égrènent lentement, et un poids indéfinissable vous oppresse ; l’attente avant le premier contact.

            Une tête curieuse se montre, dans l’entrebâillement du grillage, s’enhardit, et l’élève s’avance, la main levée, d’un geste machinal, retenant le béret au-dessus de la tête. Il s’arrête, interdit, deux yeux interrogateurs vous dévisagent et puis, faisant volte-face, il disparaît ne pouvant tenir pour lui seul cette nouvelle et se chargeant d’avertir les camarades que l’on voit là-bas, dans le chemin creux qui mène à l’école.

            On l’entend crier à mi-chemin, dans ce piquant patois : « Eh ! Eh ! Vous autes, il a ée nouvieau maîte !  ».

            Décidément, rien n’égale l’audace enfantine, dans ces coups d’œil avides, dans ces regards qui vous suivent, et vous pénètrent.

            La cloche sonne ! Ici commence le drame. Un drame ignoré, comme beaucoup d’autres. A vous d’apprécier le métier dont on vous a tant fait de louanges.    

            Contact du maître et de l’élève. Contact d’où doit sortir la primauté de l’autorité de l’un sur l’indiscipline et la légèreté de l’autre.

            Vos premières paroles sont maladroites, elles ont du mal à sortir d’une gorge mal à l’aise. Quelques sourires errent dans la classe, le brouhaha s’enfle ! Allez-vous succomber ?

            Toute votre énergie se concentre, la volonté prime sur la faiblesse du premier moment, la voix sort claironnante, impérieuse, la voix qui commande, appuyée du regard des yeux autoritaires.   

            Le silence trône maintenant. Il n’y a plus que vous sur qui sont braqués des yeux attentifs. Les sourires sont rentrés, se sachant mal avenus, la place set conquise, vraiment vous vous étonnez de la facilité merveilleuse de votre élocution, vous vous grisez même, et la petite classe, sombre, aux murs chaulés, vous paraît illuminée ; votre ardeur, votre flamme y mettent un rayon de soleil, et pourtant dehors c’est décembre.

                                                                                                                                                                                                                                           René VILAIN