Extrait du T.U. du 1er Avril 1952

Images montoises  

         Le beffroi : vigie de la cité

Ce beffroi, coquet, original, imprévu, est le troisième du nom. Au XIII e siècle, une lourde construction romane remplissait cet office. Une seconde tour, ronde, assez élevée, avec un toit en poivrière remplaça le premier édifice, mais eut une fin indigne d’un beffroi. En effet, elle s’écroula piteusement le 21 avril 1661. Quant au guetteur de nuit qui s’y trouvait, il se tira indemne d’une chute vertigineuse. Du moins la légende le raconte. Toujours est-il que le présent beffroi fut terminé dès le 29 novembre 1669 et devient, par cette date tardive, le dernier né de son genre, en Belgique.

Regardons-le bien, ce beffroi. Il est adorable de fantaisie. Victor Hugo lui-même l’a admiré. Avec restriction, bien entendu. « Ce serait laid si ce n’était grand, écrit-il, heureusement la grandeur sauve ». Ne soyons pas si critique et reconnaissons que cet édifice de 87 mètres , juché sur le point culminant de la ville, ne manque pas de charme. Trois étages, séparés par des galeries. Le premier étage se distingue par des pilastres toscans, et des fenêtres marquées de l’empreinte baroque ; le second, par des colonnes ioniques et des fenêtres surmontées de frontons circulaires brisés, le troisième enfin, par des pilastres baroques.

Mais c’est le toit qui est unique, et d’une joyeuse originalité. Il est de forme bulbeuse, à huit pans, flanqué de quatre clochetons, le tout orné d’épis dorés. Au sommet, une lanterne, au revêtement de plomb et couronnée d’ une girouette également dorée.

Au sommet de la tour, le carillon. Adoré des Montois, admiré des connaisseurs, il fut toujours confié à des carillonneurs de grande classe. Ses cascades de notes, claires ou graves, qui s’abattent sur Mons, font étroitement partie de la vie et de l’âme de la cité.

On accède à la lanterne déjà citée par un escalier à vis et , à l’intérieur de la charpente, par une série d’escaliers en bois, voire même d’ échelles. Ascension assez pénible, mais bien récompensée par le spectacle qui attend le visiteur entreprenant. Outre la terre de Mons et du Borinage qui se déroule sous ses yeux, il y a les toits de Mons, si infiniment pittoresques, avec leur gamme de couleurs fondues et délicates, et qui furent chantés par Jules Destrée en termes vraiment émouvant. C’est là une belle page, d’ailleurs reproduite dans toutes les anthologies.

 

                        Les vestiges du château des comtes.

En quittant le beffroi, jetons un coup d’œil autour de nous. Non seulement le cadre est agréable, mais encore il est historique. Ici vécurent les comtes de Hainaut, du IXe S. au XVe S. De cette demeure seigneuriale subsistent un mur d’enceinte, la conciergerie avec sa grande poterne et les vestiges de l’ancienne chapelle castrale. Le « square du château » se trouve aujourd’hui à l’emplacement même de l’ancienne construction. Existent encore des souterrains du XIIeS parfaitement conservés.

                               Et maintenant quittons le berceau de la ville moyenâgeuse et descendons vers la Grand-Place toute proche. Nous aurons ainsi l’occasion d’admirer divers échantillons d’architecture civile et de prendre contact avec un des centres les plus animés de la cité.

                        La Grand-Place et l’Hôtel-de-Ville.

Grand-Place … Ici le terme est vraiment expressif : une des plus vastes du pays, et très caractéristique grâce à ses vieilles demeures dont plusieurs méritent un SLévrier ; le XVIIeS par l’hôtel de la couronne impériale(N°23), immeuble de style Louis XV et rendu célèbre par divers hôtes illustres, tels Joseph II, Louis XVIII et Alexandre de Russie. Signalons aussi l’hôtel du miroir, au style composite, et malheureusement abîmé par des remaniements successifs.

Mais c’est l’Hôtel de Ville qui capte immédiatement toute l’attention de l’étranger. Non que le bâtiment soit unique ni même extraordinaire par son style ou ses dimensions. C’est une fort jolie construction du XVeS mais dont la façade subit des remaniements plus ou moins malencontreux ; un campanile du XVIIIeS le surmonte.

Encastré dans un soubassement de la façade, recroquevillé et cocasse le petit « singe du grand’garde », porte-bonheur de la cité, semble appeler les passants. C’est une statuette de fer, dont l’origine est à peu près inconnue, mais qui tient fort au cœur des Montois : son crâne brillant et poli témoigne de l’application avec laquelle on frictionne la mascotte porte-chance.

Passons le porche de l’Hôtel de Ville : voici une cour intérieure, et devant nous, un passage couvert qui donne accès à une seconde cour. Gagnons celle-ci : sous nos yeux, le jardin du maïeur. L’ensemble de l’édifice manque indéniablement de cohésion ; néanmoins son caractère disparate est pittoresque et non sans charme. Cadre reposant qui sert d’écrin au bronze connu du sculpteur Léon Gobert, « Le Ropïeur ». Il est typique ce ropïeur avec sa frimousse éveillée, ses cheveux ébouriffés, sympathique et turbulent. C’est le « gavroche » de chez nous. Sculpture toute frémissante de vie. Œuvre aimable, sans emphase ni prétention mais pleine de jeunesse véritable, d’optimisme, de naturel, de souplesse et qui est de celles qui s’ attachent définitivement à la mémoire. Bref, un des coins le plus attirant de la bonne ville.

L’ intérieur du bâtiment offre plus de richesses architecturales que l’ extérieur.

Commençons la visite de l’Hôtel de Ville par le cabinet du Bourgmestre. On y accède par une anti chambre nantie d’une cheminée du XVS. Originaire d’une maison montoise. La salle en elle-même est remarquable, majestueuse. Lambris de chêne ouvragés dans le style du XVeS, plafond travaillé, cheminée gothique provenant du château de Trazegnies. A noter les originaux du marteau et de la serrure de la grande porte, le lustre et les souvenirs datant du passage des Anglais à Mons en 1918. De ce cabinet, on passe à la salle dite des « saquiaux » garnie de tapisseries, et à l’ancienne salle verte ou salle des « ajours ». La salle des mariages est assez sombre, mais ne manque point d’ allure. Derrière celle des commissions, celle du Conseil.

Au premier étage, se trouve un beau salon gothique, bien éclairé par dix fenêtres s’ouvrant sur la Grand-Place et orné d’écussons et de quatre toiles   cheminée en marbre brèche rouge, plafond peint, allégories et portraits. de vastes dimensions.

De là, on passe dans la salle des Etats, ou salon rouge, de style Louis XIV ;cheminée en marbre brèche rouge, plafond peint, allégories et portraits. Citons encore un salon boisé de style Louis XVI, et un autre, servant de galerie aux portraits des plus illustres citoyens. Pour clore cette énumération faisons mention de la conciergerie du XVIeS., avec la chapelle réservée aux condamnés à mort, et la salle de torture.

Après la description, passons à l’ historique.

            Au XVe. fut édifiée la première « maison de ville ». Quelques vestiges de ce bâtiment sont encore visibles de la cour intérieure, telles que la partie inférieure d’une tourelle et des arcatures gothiques. Au siècle suivant, (1459-1467),on procéda à la reconstruction de l’Hôtel de Ville. De cette période, date le corps de bâtiment faisant face à la Grand-Place. Par la suite furent ajoutées l’aile en retour et la construction sise au fond de la cour (construction à fenêtres rectangulaires à meneaux).Au début du XVIIeS l’Hôtel de Ville s’enrichit de la chapelle Saint Georges (briques et pierres -style renaissance- portail toscan-pignon à fronton-et chapelle gothique en briques) et de la maison dite « toison d’or », ainsi appelée en raison des armoiries rehaussant la façade, et également de style renaissance. Les autres corps de bâtiments remontent aux XVIIe et XVIIIeS. Le campanile contenant l’ horloge et la cloche est de 1718. Pour terminer, signalons que plusieurs regrettables initiatives, prises entre 1820 et 1830, altérèrent la pureté de la façade.

                                                                                              Fr. SEYS.