Extrait du T.U. n° 19 du 1er janvier 1950

  A L’ECOLE D’APPLICATION

 Rentrée … des « tout petits » …                                            

         Premier septembre… Jour de Rentrée…Jour des mamans et des « grands petits arçons »… Changement d’habitudes… Mais oui, jour qui marque dans la vie de nombreux ménages et aussi, faut-il le dire, le jour où chaque instituteur prend brusquement conscience qu’une année nouvelle vient s’ajouter à la liste déjà longue de celles qu’il a passées dans ces murs.

            Cette année, il nous est venu dans le soleil…dans le soleil et le ciel bleu.

            Bien avant huit heures et demie, les petits anciens sont là, dans la cour, répartis en divers groupes, parlant à voix haute et racontant avec force détails les « sorties » aventureuses des vacances fraîchement terminées …

            Près de la porte du bureau, M. Courtois accueille, le sourire aux lèvres, les petits nouveaux accompagnés, l’un de sa maman, l’autre de son papa ou de son grand-père …l’autre encore de sa grande sœur …

            Les bruits communs à la vie de l’école n’ont pas encore repris possession des murs …On dirait qu’un je ne sais quoi de pudeur instinctive retient les élans généreux de chaque enfant … Ils sont là, petits et grands, vêtus de neuf et portant fièrement le cartable où déjà, quelques cahiers ont été rangés …

            L’année scolaire 1949 – 1950 commence …

            8 h. 30 ! La cloche sonne … Docilement, tous les élèves se rangent … Chaque instituteur rejoint sa classe …

            Et brusquement, presque sans savoir comment, je me retrouve devant mon bureau, mes petites tables, mon long tableau … ma première année et mes petits nouveaux …

            « Bonjour ! Comment t’appelles-tu ? ».

            Les minutes passent … toutes neuves pour ces bambins … Ils sont heureux et souvent, leurs rires fusent dans la classe …

            «  Quoi ! C’est ça l’école dont maman me faisait si peur !  ».

            « J’aime bien l’école » lance Michel… un petit bout d’homme extrêmement attirant…Et les autres d’appuyer : «  Oh oui, Monsieur ».

            La journée s’achève lentement et ce soir, au bilan de quelques heures passées, je pointerai mes découvertes … «  Lesquelles ?  » me direz-vous ! … Comment en effet sortir de la confusion où me plongent mes trois Michel, mes trois Jean-Claude, mes Jacquy, Roger, Freddy, Paul, Robert, Charles, Mario, Maurice, Jean … de tous ces gosses qui, un an durant, vont vivre à mes côtés par les jours bons ou mauvais de la nouvelle année …

            Que seront-ils ? Je l’ignore encore …

            Me donneront- ils beaucoup de satisfactions ? Je l’espère car les jours à venir s’annoncent très beaux …

            Mais j’en viens à penser à quelques paroles qui restent gravées dans mon esprit et qui souvent, apparaissent toutes blanches à mes yeux… quelques paroles de mon grand et regretté maître, de mon prédécesseur, oserai-je dire, de mon ami Monsieur Maistriau :

            «   Les petits, vois-tu, c’est tout un monde … Heureux qui sait s’y plaire et y vivre doucement … ».

            Merci, Monsieur Maistriau !…

. . . . . . . .       . . . . . . . .       . . . . . . . . . .     . . . . . . .      . . . . . . . . .       . . . . . .

            «  Michel,…..viens au tableau ! …Veux-tu me raconter ……. ».

 

 Jean NIEL.