Extrait du T.U. n° 30 du 1er octobre 1953

L’importance de l’enseignement de la critique musicale dans les études moyennes.

            Si je me permets d’émettre humblement mes considérations personnelles sur ce sujet et ce, dans un journal scolaire, c’est parce qu’il me semble que ce problème revêt une importance plus grande que celle que la plupart des étudiants paraissent lui accorder.          Il est surprenant, pour ne pas dire plus, de constater que la musique classique reste inaccessible à la grosse majorité des étudiants. Pourquoi sommes-nous réduits à cette triste situation ? Je crois que les raisons sont assez claires.

            Pour ma part, lorsqu’au cours d’une discussion j’en arrive à demander à un camarade les raisons pour lesquelles il reste insensible à la musique classique, je reçois presqu’invariablement la même réponse : « Tu sais, la musique classique, je la trouve tellement « barbante », (permettez-moi l’expression, mais je vous jure que c’est le terme consacré). D’ailleurs, malgré toute ma bonne volonté je n’y comprends absolument rien  ».

A mon sens, les raisons pour lesquelles la musique classique reste inabordable pour ces jeunes gens sont les suivantes :    

            1° Quoiqu’ils prétendent faire preuve de bonne volonté, je suis presque certain que la plupart d’entre eux ne font pas l’effort nécessaire qui leur permettrait de percer dans une certaine mesure le « mur »  de la musique.

            2° Les rudiments de l’éducation musicale leur font défaut. Pour des raisons que j’ignore, cette initiation à la musique classique a été négligée dans la plupart des établissements d’études secondaires. Mais même quand cette occasion de faire leur éducation musicale est offerte aux étudiants, ils ne la saisissent pas. Il suffit, à titre documentaire, de voir le nombre d’élèves de l’école normale moyenne qui suivent actuellement le cours de musicologie.

            Si à tout cela vous répondez : «  Et si nous ne voyons pas, nous, la nécessité de parfaire nos connaissances musicales. C’est notre droit, après tout, de ne pas aimer la musique classique. Des goûts et des couleurs on ne discute pas » . J’admettrai votre argumentation mais je vous répondrai : « Alors chers amis ne venez plus prétendre au titre d’homme cultivé. En effet, j’estime humblement qu’un homme cultivé doit être à même de justifier ses préférences musicales ou picturales ( le même problème semble se poser à propos de la peinture ) aussi bien que ses préférences littéraires. Si ses préférences vont à la chansonnette ou à la musique de danse, je me permettrai de lui dire que je le place dans la catégorie de ceux qui préfèrent les romans-feuilletons à l’œuvre de Balzac.

                                                                                                   SI BEMOL