Extrait du T.U. n° 79 Exercice 1971-1972

   Nos membres et anciens à l’honneur

 

   Le peintre montois Michel Jamsin expose à Bruxelles

                   On dirait que les élèves – et les professeurs — de l’ Académie des Beaux-Arts de Mons ont décidé de faire parler d’ eux en 1972. C’est du meilleur augure pour la vitalité des arts du Hainaut. Alors que Gustave Camus et le groupe Maka sont en ce moment à la Maison de la Culture de Namur, deux autres Montois exposent à Bruxelles : Michel Jamsin à la Galerie Albert 1er et Danny Vienne à la Galerie Racine.

                        L’ exposition de Michel Jamsin laissera une forte impression au visiteur et c’est effectivement d’ une excellente tenue. Il y a d’ abord cette manière monumentale d’ habiter la toile qui devient un espace d’une expressivité imposante et d’ une solidité en apparence inébranlable. Et puis, il y a l’ insolite qui participe, qui entre à pas feutrés avec des couleurs aussi charmeuses qu’ étranges et impose une insécurité dont l’ homme est souvent l’ objet. Les visages figés, les regards fixes, les mines anxieuses intérieurement traduisent une angoisse humaine de tous les moments, de toutes les situations. Qu’il soit protégé par deux murs épais, ou qu’ il domine de haut la situation, qu’il ait l’ air paisiblement assis ou qu’ il soit sur ses gardes, jamais l’ homme peint par Jamsin n’ a cette tranquille sérénité intérieure. Il est tourmenté.

                        Le langage pictural de ce peintre est aisément compréhensible, il ne nécessite pas une intervention littéraire en supplément et cependant dans chaque toile, l’ invention est forte comme si les mots d’ un texte se transformaient à chaque écrit pour revêtir un sens neuf différent et profondément explicite. Rarement il fit appel au symbole facile.

                        Chez Jamsin, règne l’ordre, malgré le climat de tension permanente ; n’est pas absent non plus l’espoir de voir cette peur disparaître car elle ne fait souvent que planer, que peser sur l’âme humaine ; rarement, «   l’oiseau mange la grenouille qui mange l’insecte ».

                        S’il y a un combat au sein du règne animal, il existe aussi entre celui-ci et l’homme. Il ne se passe rien de dramatique dans l’œuvre mais cette attente est insoutenable, on sent qu’il suffit d’un rien pour l’anéantissement ou la liberté.

 

                                               LA PROVINCE du 12 février 1972