Extrait du T.U. n°20 du 1er avril 1950

 Langage et volonté 

            Racine rappelle dans la préface d’Esther que «  dans la calme maison de Saint-Cyr », à côté des choses essentielles et nécessaires qu’on enseigne aux jeunes pensionnaires, on ne néglige pas de leur apprendre celles qui peuvent servir à leur polir l’esprit et à leur former le jugement. On leur fait faire entre elles sur leurs principaux devoirs, des conversations ingénieuses, qu’on leur a composées exprès, ou qu’elles-mêmes composent sur le champ. On leur fait réciter par cœur et déclamer les plus beaux endroits des meilleurs poètes » . Montrera-t-on jamais assez quel auxiliaire de premier ordre les parents et éducateurs attentifs trouvent dans le langage pour éduquer la volonté de leurs enfants ?.

            La phrase exprimant une relation synthétique entre idées exige à la fois que l’on comprenne et que l’on ait LA VOLONTE d’énoncer ce que l’on conçoit.

            Le langage qu’emploie l’enfant négligent est elliptique, présente des lacunes, manque de suite logique et souvent les enfants qui ont ce défaut se mettent en colère quand on ne les comprend pas. Ce genre d’impatience est une défaillance de volonté.

            Le meilleur moyen d’exercer constamment la volonté de l’enfant, c’est de veiller à la bonne tenue de son raisonnement et à la netteté de sa prononciation !.

            En obligeant les petits à s’écouter, on habitue les grands à entendre ce qu’ils écrivent. «  De même que les parents trop indulgents tuent la volonté de leurs enfants en les livrant au caprice et en leur laissant faire toute les sottises qui leur passent par la tête, de même ils manquent à leur devoir en leur permettant de mal parler, d’articuler mal et en laissant la négligence s’infiltrer dans leur langage » . ( Georges Dwelshauvers : L’exercice de la volonté).

            Evidemment l’enfant qui a toujours entendu ses parents parler correctement aura plus de facilité pour exprimer sa pensée avec précision que l’enfant qui vit dans un milieu où l’on parle un patois. Mais même dans les limites d’un vocabulaire réduit, l’éducation de la volonté peut se faire.

            Je sais que l’on appelle souvent «  fin diseur  » un monsieur prétentieux qui fait un sort à chaque mot et martyrise un texte en le surchargeant d’intentions que l’auteur n’y avait pas mises. Cependant il y a un certain nombre de lois qui régissent l’émission CORRECTE du langage parlé et ces lois, l’enfant doit les respecter.

            Un autre exercice de la volonté est la lecture à haute voix, non pas une lecture ânonnante mais une lecture par laquelle on essaye d’inculquer à soi-même et aux autres la signification de ce qui est lu. L’effort volontaire pour bien saisir la pensée d’un auteur et pour bien la rendre ne devrait-il pas être répété le plus souvent possible ?.

            Que l’on veuille bien excuser ces quelques phrases sur un sujet rebattu mais l’éducateur ne doit-il pas se préoccuper d’abord de ne pas écraser la volonté de ses élèves sous la sienne et ensuite de ne pas la laisser s’étioler faute d’exercices ?.

  G . WAELPUT.