Extrait du T.U. n°21 du 1er octobre 1950.

 Les lectures des petits

            Pour peu que nous interrogions les enfants – ceux qui savent déjà lire – au sujet des lectures qu’ils font, nous sommes surpris de constater la multitude de revues, journaux, publications et autres dont ils disposent actuellement. Convient-il donc de laisser lire par l’enfant n’importe quelle feuille ?

            Certes, évidemment non. Mais bien des parents et même des pédagogues, ignorent ce qui se trouve exactement dans ces écrits. Si , de temps à autre, ils en feuillettent un exemplaire, c’est le plus souvent très rapidement ou pour s’attacher uniquement à une seule histoire.

            L’enfant, au contraire, parcourt toutes les lignes, relit le texte et le relit encore, faisant sienne chacune des pensées qui y sont exprimées. Si la publication est bonne, tant mieux pour lui ; si elle est mauvaise, tant pis pour sa moralité et son éducation.

            Pour redresser une idée fausse écrite, il faudrait tant de paroles ! Et arriverait-on à convaincre l’enfant de son erreur ?

            On pourrait immédiatement suggérer d’établir un choix judicieux, de faire une sélection sévère dans toutes ces revues, mais ce n’est guère chose aisée.

            L’enfant aime les images, les écrits, les aventures extraordinaires, les histoires amusantes. Dès Qu’il en découvre une publication, sans arrière- pensée, il la parcourt, et s’il y trouve un intérêt, la dissèque à fond.

            Faut-il alors, malgré le danger réel, le laisser continuer à lire des pages quelconques qui ne reflètent ni talent, ni goût et qu’on offre sans scrupule en pâture à son imagination ?

            Non, nous ne le pensons pas, car il y a en effet d’autres lectures susceptibles d’intéresser l’enfant.

            Bannissons avant tout les romans policiers à quatre sous qui détraquent et dénaturent les jeunes cerveaux.

            Après pareille épuration, le choix semble restreint. Détrompez-vous ! N’avons-nous pas à notre disposition une mine presque inépuisable de contes écrits par de bons écrivains, qui, eux, ne feront aucun tort à l’enfant mais qui l’amuseront et l’instruiront tout à la fois ?

            L’enfant a l’imagination généralement vive et impatiente ; nous sommes persuadés que les fables de La Fontaine, les contes de Grimm, d’Andersen ou de Perrault et les histoires de la comtesse de Ségur satisferont son attrait de l’irréel et son goût du mystère.

            Cependant à mesure que l’enfant grandit, il conviendra d’y ajouter d’autres lectures qui l’initieront lentement à la vie réelle.

            Pouvons-nous en terminant formuler un vœu ? Celui de voir se créer, à l’exemple de la France et de la Suisse, des commissions d’éducation morale de l’enfance à l’effet de propager la bonne lecture.                      

 R. D.