Extrait du T.U. n°22 du 1er janvier 1951

   A L’ ECOLE D’ APPLICATION

       Saint-Nicolas des petits

 

         Une fois encore, Il nous est revenu, gravant dans l’écorce de notre arbre de vie, une entaille nouvelle.           

            Depuis longtemps déjà, nous en parlions en classe …

            D’après les dires de Pierre, Il venait chaque nuit rôder dans l’école… Il ouvrait les cahiers, inspectait les bulletins et écrivait ses impressions dans le journal de classe de Monsieur.

            D’où Pierre tenait ces informations, tout le monde l’ignorait mais, puisqu’il le disait,

c’est qu’il le savait et personne n’osait essayer de percer pareil mystère… On ne bavardait plus autant pendant les leçons, on n’oubliait plus sa casquette ou son écharpe lorsque sonnait l’heure du retour … on écrivait mieux dans son cahier en évitant surtout de faire la moindre tache… enfin, on se méfiait de quelque chose … d’indéfinissable peut-être mais à coup sûr, d’existant.

            Chaque matin, naturellement, Monsieur donnait lecture des remarques que le Grand Saint avait laissées lors de sa visite nocturne : » Tiens, il avait vu Jean-Claude patauger dans la boue en rentrant chez lui ». – «  Aïe, il avait surpris Robert en flagrant délit de désobéissance ! ». Décidément, il voyait tout, il entendait tout, il était au courant de tout.

            Et, dans cette atmosphère tendue, les jours s’écoulaient les uns après les autres …

            Le matin, en consignant à notre calendrier le temps qu’il faisait, nous comptions les jours qu’il restait à passer …

            Cinq … quatre … puis trois … deux … un et enfin, le grand jour se leva…

            Dès 8h. 30, à l’arrivée< en classe, on était nerveux… je vais même dire excessivement nerveux… L’avion postal avait ce jour-là un autre propriétaire : c’était SON AVION qui arrivait.

            A 1h. 30, chacun était présent et, dès deux heures, tout le monde était réuni dans la salle des fêtes de l’Ecole Normale, attendant impatiemment Sa venue… D’abord, on goûta plusieurs films comiques qu’Il avait envoyés et qui étaient projetés au moyen de Son appareil personnel. Il avait demandé au papa de Paul Joly de bien vouloir venir l’assister dans cette mission. Je dois vous dire que, le papa de Paul étant photographe, avait directement attiré vers lui les regards du Bon Saint.

            Et puis, majestueusement, il entra dans la salle …. Tous les regards convergeaient vers lui et des lèvres tremblaient, qui n’étaient pas toutes celles des enfants les plus timides ! ! …

            Avant de distribuer les jouets et les bonbons qu’Il avait apportés, Saint Nicolas s’adressa aux petits, félicitant les uns et demandant aux autres de mieux travailler en classe.

            Parfois, un « oui Saint Nicolas » naïvement lancé, résonnait délicieusement dans le silence absolu de la classe.

            Puis vint le moment de la distribution. Chaque petit garçon reçut un jeu ainsi qu’un gros sachet de friandises. De toutes parts, les « merci », les promesses et les bonnes résolutions fusaient, qui accompagnèrent le Grand Saint lors de son départ spectaculaire.

            Cher Saint Nicolas, nous avons, cette fois encore, goûté grâce à vous, une journée magnifique. Puissiez-vous l’an prochain, revenir dans la Paix nous faire une aussi charmante visite pour le grand bonheur de nos chers petits.

 

 Jean NIEL