Extrait tiré du T.U. N°1 de 1960

COMITE DE VIGILANCE DES JEUNESIMG_0013

Contre le Danger nazi

Région Mons

 

Depuis près de deux mille ans, l’homme fête Noël, mais nous avons dû attendre ce dernier janvier 1959 pour que, par le monde, de sinistres individus se donnent le mot pour profaner cette douce fête en souillant de croix gammées les murs des synagogues.

En Belgique, ces emblèmes de guerre, de torture et de mort ont évoqué pour tous, les images encore vivaces des camps de concentration nazis, où vingt millions de personnes sont mortes pour leurs idées philosophiques, leurs croyances religieuses, ou tout simplement parce qu’elles étaient nées Juives. La jeunesse belge toute entière a pensé qu’elle devait faire quelque chose, et, le 11 janvier, s’est formé spontanément à Bruxelles le « Comité National de Vigilance des jeunes contre le danger nazi », qui rassemble dans ses rangs une soixantaine d’organisations de jeunesse de tous les bords : en effet, aux jeunesses juives, qui avaient lancé le mouvement, sont venus se joindre la J. O. C., les Jeunes Gardes Socialistes, les jeunesses libérales et communistes, etc…, ainsi que les associations générales d’étudiants de toutes les universités de Belgique. Sous l’impulsion de cette association, des comités régionaux se sont formés à Gand, Liège, Anvers, Mons, Malines, Renaix et d’autres villes encore.

Le comité national a organisé, ce 28 février à Breendonk, une manifestation de délégations qui a réuni huit cent jeunes. Vous pouvez lire, ci-dessous, le reportage de la manifestation.

C’est dimanche. Malgré février, un soleil précoce luit déjà sur la douce plaine de Flandre, parsemée de maisons toutes souriantes sous leur toit de tuiles rouges. Tout à coup à droite de la route, surgit la sinistre silhouette du fort tristement célèbre : une sombre masse de béton et de goudron. Les autres groupes sont déjà là, pour la plupart, et les drapeaux de toutes les organisations de jeunesse du pays flottent devant l’entrée. Nous attendons quelques minutes, et après que chacun ait reçu l’écriteau de son groupement, le cortège s’ébranle. Nous suivons le même chemin que ceux qui, il y a quinze ans, n’en sont plus sortis. Comment des gens ont-ils été capables d’envisager l’envoi de leurs semblables en de tels lieux, comment, maintenant qu’un semblant de paix est revenu, certains peuvent-ils penser un instant restaurer de telles institutions, de tels massacres, comment est-il possible que, au mépris de tant de souvenirs, des mains criminelles aient osé tracer des signes honnis sur nos murs?

Nos pas résonnent dans le couloir : il devait être terrible, pour ceux-là, le claquement des bottes cloutées sur le pavé! Ils ont laissé derrière eux une fiancée, une femme, des parents, et ils ne reverront plus la belle lumière du soleil. Ils ont lutté, et nous devons lutter contre ceux qui, parmi nous, voudraient recommencer les mêmes crimes, au nom de principes odieux.

Nous arrivons en vue du lieu d’exécution : c’est ici que l’on tuait, c’est ici que des doigts pressaient les gâchettes, commandés par des esprits aveuglément dévoués à une idéologie fasciste qui, malheureusement, trouve encore des adeptes après une aussi horrible démonstration. C’est ce qui justifie notre présence ici : il est nécessaire que de telles horreurs ne se reproduisent plus.

Il faut que chacun se souvienne de ce douloureux passé, pour que personne ne soit tenté de recommencer, sous quelque forme que ce soit ! Nous devons nous unir, pour montrer aux partisans de cet ordre inhumain que nous sommes là, prêts à nous lever au moindre signe de renaissance de ce fascisme hideux. Il est de notre devoir que tous les jeunes, présents et à venir soient mis en garde contre une doctrine aussi effrayante.

Si vous voulez être tenu au courant de nos activités, veuillez vous mettre en rapport avec CARPENTIER Yves, délégué du comité de vigilance pour l’Ecole normale Primaire et Secondaire de l’Etat de Mons.